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mercredi 3 octobre 2007

Je me souviens de 750 grammes de vacances dans une boîte de thon

Je me souviens que mon père conduisait une CX immatriculée dans le Val d’Oise.

Je me souviens de Chantal Goya dans sa robe de soie blanche au Casino de Paris en 1979 agitant son mouchoir.

Je me souviens de la saveur du premier baiser et du second, mais j'ai oublié dès le troisième.

Je me souviens de l’accent méridional de Fabien et Delphine qui émerveillait mes oreilles.

Je me souviens du solarium sur l’Estérel pendant la traversée Nice-Bastia.

Je me souviens de l’entrejambe de Sharon Stone dans Basic Instinct.

Je me souviens de la finale de la coupe du Monde de football à Berlin en 2006. Je me souviens de la chute du mur de Berlin en 1989.

Je me souviens des disques de Claude Nougaro que mon père écoutait le soir devant un feu de cheminée.

Je me souviens du baiser de Soizic Corne sur mes joues pleines de larmes de crocodile.

Je me souviens du Rubicub.

Je me souviens comme je couvrais ma soeurette de bisous à sa naissance.

Je me souviens qu'en seconde à Jeanne Hachette, mon professeur de Physique s'appelait Monsieur Yon.

Je me souviens de Marie-José Perec et de ses médailles aux Jeux Olympiques de Barcelone et Atlanta en 1992 et 1996.

Je me souviens de « Mon cul, c’est pas du poulet ».

Je me souviens avoir compté 2.457.819 moutons avant de m’endormir ce soir.

Je me souviens de Thriller de Michael Jackson, de même que je me souviens de la mort de Michael Hutchence et que J.D. Fortune devient le nouveau chanteur des INXS en 2005 après une compétition de douze semaines dans le reality show de la chaîne américaine CBS Rock Star, c'est d'ailleurs à cette occasion que j'ai compris à quoi servait la télévision.

Je me souviens de The Ghost and Mrs. Muir avec Gene Tierney et Rex Harrison. Je me souviens de Rex Harrison et de Audrey Hepburn dans My Fair Lady.

Je me souviens de l’élection de François Mitterand en 1981. Je me souviens de l’élection de François Mitterand en 1988. Je me souviens de la mort de François Mittérand le 8 janvier 1996. Je me souviens malheureusement de l’investiture de Nicolas Sarkozy.

Je me souviens de mes dents de sagesse.

Je me souviens n'avoir rien compris à l'expression bouffer les pissenlits par la racine.

Je me souviens un peu trop souvent de ta main dans ma gueule, frangin. Tu dois te souvenir de ma gueule un peu trop ouverte, frangin.

Je me souviens des paquets de clope bien avant qu’ils mettent en garde contre la dangerosité du tabac, je ne comprends d'ailleurs pas l’utilité des messages inscrits en gros caractères qui se veulent dissuasifs et qui ne le sont pas, puisque le fumeur fume (là où cela lui est encore autorisé) et vous emmerde, voilà.

Je me souviens qu’on pouvait y aller à trois « dans la bouche de Daniella » comme le chantait Elmer Food Beat.

Je me souviens de tous mes numéros de téléphone, même des anciens. Je me souviens de mon numéro de compte en banque. Je me souviens de mon numéro de sécurité sociale, mais je suis bien incapable de me souvenir qui d'Abel ou Caïn est le traître.

Je me souviens que « dans un triangle rectangle, le carré de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés » et réciproquement « si dans un triangle, la somme des carrés de deux côtés est égale au carré du plus grand côté, alors ce triangle est rectangle ».

Je me souviens « qu'il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là ».

Je me souviens du 29 août 1998.

Je me souviens du 14 février 1994.

Je me souviens que tu es unique, l’Unique.

Je me souviens du 21 septembre 2002.

Je me souviens du 21 janvier 2004.

Je me souviens que Georges Perec n’est pas le père de Marie-José Perec.

Je ne me souviens pas de Beigbeder et entre nous tant mieux.

Je ne me souviens pas non plus du 16 mai. Je ne me souviens pas du 6 février ni du 31 janvier. Je ne me souviens pas d’avoir jamais vu ces dates dans un quelconque calendrier, je ne me souviens pas, parce que je ne veux pas me souvenir, c’est bien trop triste et douloureux. Je me souviens que toi tu n’oublies pas et je t’admire pour cela malgré les apparences.

Je me souviens de la canicule de 2003.

Je me souviens de Monsieur et Madame Groidanlabaignoire Jenesépasquejevézenfaire ont un fils : Gédéon, parce que Gédéon Groidanlabaignoire Jenesépasquejevézenfaire (« j’ai des hongrois dans la baignoire, je ne sais pas ce que je vais en faire »).

Je me souviens que Madame Bouchacourt portait bien son nom.

Je me souviens du pion à l’internat que l'on appelait « Tête de pine » parce qu’il en avait réellement une.

Je me souviens de Samy Frey sur son vélo. Je me souviens de Samy Frey qui pédalait, pédalait, pédalait.

Je me souviens que l’idée a été empruntée à un écrivain américain du nom de Joe Brainard, qui répétait à tout bout de champ « I remember ». Heureusement, je me souviens bien de Wikipédia.

Je me souviens de Je me souviens de Georges Perec.

Je me souviens que, le 14 octobre 2007, je me souviens de mes vacances, je me souviens de ma cuisine, je me souviens de ma cuisine pendant les vacances, je me souviens de rillettes de thon sur le pouce, parce que la cuisine de vacances ce n’est que de la cuisine sur le pouce.

Je me souviens comme c’était simple, je me souviens comme c’était bon, je me souviens comme j’ai réalisé cette recette avec trois fois rien en un rien de temps.

Je me souviens de mon enthousiasme en plantant les dents dans la grosse tranche de pain frais tartinée de rillettes de thon ; je me souviens comme c’était bon, comme c’était tout con pourtant.

Je me souviens d’un jury exceptionnel qui lira amusé j’espère ce billet sans prétention particulière, sauf de participer à ces souvenirs (culinaires) de vacances.

Je me souviens, honteux, que je n’ai toujours pas acheté le livre de Laurence Salomon et que je le voudrais vraiment pour enrichir ma bibliothèque, à bons entendeurs...

Je me souviens de 750 grammes de vacances dans une boîte de thon, pour Damien et Christophe.


Rillettes « Je me souviens » de thon aux algues

Ingrédients

1 boîte moyenne de thon germon au naturel ; 2 fromages Kiri ; 1 CC d’algues déshydratées ; quelques brins de ciboulette fraîche ; poivre

Marche à suivre

Ouvrir la boîte de thon. Egoutter soigneusement la chair de thon. Dans un bol, écraser grossièrement le thon à la fourchette avec les Kiri, les algues déshydratées, la ciboulette et le poivre. Mouler les rillettes dans la boîte de thon, couvrir d’un film alimentaire et réserver au réfrigérateur pendant deux heures.

Servir frais, la boîte de thon sur les genoux, les pieds dans l’eau, le museau au soleil, les rillettes étalées grossièrement sur une belle tranche de pain de campagne frais avec quelques rondelles de concombre et un filet de jus de citron, rien de plus...

A très bientôt,
Tit'

samedi 9 juin 2007

Toute la mer dans mon assiette

Je peux être le plus froid, le plus détestable et le plus cruel des oyster serial killers de la planète, comme le plus tendre et vulnérable être qui soit. Si, je vous garantis, j’ai besoin d’un peu de tendresse, bordel ! Ecoutez plutôt cette histoire qui se déroulait il y a peu.

J’ai bien cru que j’avais mis toute la mer dans mon assiette. J’ai eu honte tout à coup. Je me voyais accusé de vider les océans, de liquider des ressources déjà bien épuisées. J’imaginais une cohorte d’écologistes déchaînés en train de manifester au pied de chez moi, avec des banderoles et des slogans véhéments dénonçant mon comportement irresponsable. Pire que tout, j’imaginais en tête de ce cortège, sans pour autant, pour ce que j’en sais, qu’il ait des affinités particulières avec ce mouvement-là, un Patrick rouge de colère – ce qui me paraîtrait tout à fait légitime de sa part –, car non content d’avoir assassiné 24 huîtres, je venais de renouveler mon crime... en pleine saison de reproduction des gastéropodes. La honte, je vous dis !

Je sentis mes joues s’empourprer, je tentai de balbutier des excuses que je trouvai désespérément plates et il me sembla que des larmes me montaient aux yeux. Pour les dissimuler à mes convives qui n’auraient pas compris cet accès d’humilité, je me précipitai hors de la salle à manger sous le prétexte que j’avais oublié la fleur de sel – elle trônait pourtant au beau milieu de la table à la vue de tous. Incapable de me contrôler, le pied à peine mis dans la cuisine, mes glandes lacrymales se déversèrent en flots discontinus. Je tachai de me calmer en me passant un peu d’eau froide sur le visage.

Cinq minutes plus tard, les yeux rougis, je rejoignis ma place parmi les miens, la tête entre les épaules et quelques peu confus. Je perçus comme un murmure profond et général de satisfaction qui émanait de ces bouches en pleine mastication. Un coup d’oeil en coin jeté ici ou là sur les assiettes de mes voisins de table et je constatai qu’elles étaient déjà bien entamées et qu’ils se régalaient. Ô ciel, ils aimaient ma cuisine ! Ils ne m’en voulaient pas d’avoir nettoyer les océans du moindre poisson ou du moindre coquillage ! Cela m’émut plus que je ne l’aurais cru tout à coup et je dus une nouvelle fois fuir de la pièce, le corps secoué de sanglots étouffés tant bien que mal. Je pris mon temps pour me ressaisir, bien décidé cette fois-ci à accompagner mes hôtes dans leur repas. Je revins à table, souriant, heureux et apaisé, j’attrapai mes couverts et m’apprêtai enfin à déguster mon repas. Je vis alors une chose incroyable : on avait dévoré le contenu de mon assiette et tous autour de la table prenaient l’air de celui ou celle qui ne sait pas, de celui ou celle qui n’a rien vu et qui, même s’il ou si elle savait, ne dirait rien au nom d’une certaine loi du silence.

Incapable de me contenir, je pleurai à chaudes larmes.

Héhé, meuh quelle mauviette, ce Tit’, c’est pitoyab’ ! Du coup, l’image du terrrrifiant serial killer s’effondre un peu, je crains de ne plus être trop crédib’, hein ! ;o)

Trêve de plaisanterie, filons en cuisine si vous le voulez bien, j’ai des recettes toutes simples à vous présenter, rapides à réaliser et surtout avec pas mal de produits de chez le Môssieu venu de la Picardie Septentrionale avec des glaçons sur son traîneau. Vous voyez l’tableau ?...


Rillettes minute de thon germon

Ingrédients (pour 1 petite terrine)
1 boîte de thon germon au naturel4 Kiri
2 petits oignons nouveauxciboulette et persil surgelés
1 pincée d’épices moulues5 baies de genièvre
poivre du moulin
Marche à suivre

Epluchez et émincez très finement les oignons. Ouvrez la boîte de thon et égouttez bien la chair de thon. Dans un bol, écrasez à la fourchette plus ou moins grossièrement le thon avec le Kiri, les oignons émincés, les herbes surgelées, la pincée d’épices moulues et quelques tours de moulin à poivre. Ajoutez les baies de genièvre, versez la préparation dans une petite terrine, lissez la surface et réservez au frais quelques heures avant de servir sur des tartines de pain de campagne légèrement grillées. (Source : D’après la recette des rillettes de thon de M. Duveau, tirée du Carnet de recettes Côté Ouest, p. 30)


Lotte fumée au thé fumé

Ingrédients (pour 4 personnes)
350-400 g de chair de lotte3 CS de thé fumé Lapsang Souchong
1 verre d’eau froidefleur de sel, poivre, baies roses
Marche à suivre

Demandez à votre poissonnier qu’il découpe un morceau de lotte dans sa partie la plus large, sans peau et sans cartilage.

Découpez la chair de lotte en 4 morceaux de même poids. Dans une casserole à fond épais, chauffez à sec le thé fumé jusqu’à ce qu’il commence à fumer légèrement et que l’odeur de thé se répande dans la cuisine. Déposez les morceaux de lotte sur un disque de papier cuisson préalablement perforé, dans un panier vapeur en bambou. Placez le panier sur la casserole et laissez fumer 2 minutes. Retirez le panier, versez dans la casserole un verre d’eau froide, replacez le panier et laissez cuire à la vapeur entre 8 et 10 minutes. Servez la lotte fumée avec une pincée de fleur de sel, du poivre du moulin et quelques baies roses pour décorer, rien de plus !


Papillote de cabillaud mariné aux épices

Ingrédients (pour 4 personnes)
400 g de pavés de cabillaud2 CS d’huile d’olive
1 CS de sauce d’huître10 gousses de cardamome verte
1 CS de graines de coriandre1 CC de poudre de curry
1 CC de sésame1 CC de pavot
noix de muscade râpéefleur de sel, poivre du moulin
Marche à suivre

Dans un mortier, écrasez plus ou moins grossièrement les graines de cardamome et de coriandre. Mélangez dans un bol les épices écrasés, la poudre de curry, un peu de noix de muscade râpée, les graines de sésame et de pavot, du poivre du moulin, l’huile d’olive et la sauce d’huître. Si besoin, découpez vos pavés de cabillaud en 4 morceaux de même poids. Badigeonnez-les avec la marinade et laissez macérer ainsi pendant 15 minutes. Préchauffez le four à 180°C. Mettez le poisson en papillote dans du papier cuisson, puis enfournez pendant 15 minutes. Retirez les pavés de cabillaud des papillotes, puis servez-les avec une pincée de fleur de sel. (Sources : d’après la recette de thon en robe d’épices en papillote, Saveurs n°152, février-mars 2007, p. 114)


Salade primeur aux huîtres fraîches

Ingrédients (pour 4 personnes)
4 coeurs d’artichaut surgelés12 asperges vertes surgelées
4 tomates confites12 tomates cerises
1 poignée de mesclun par personne12 huîtres creuses
4 CC d’huile d’olive4 CC de vinaigre de tomate Mutti
fleur de selpoivre du moulin
Marche à suivre

Cuisez à la vapeur les coeurs d’artichaut et les asperges vertes selon les indications portées sur les sachets. Réservez au frais après cuisson ou consommez tiède, selon votre goût.
Passez les huîtres sous un filet d’eau fraîche. Ouvrez-les et détachez délicatement la chair. Jetez la première eau et replacez les huîtres dans leur coquille pour qu’elles produisent une seconde eau. Lavez et essuyez les tomates cerises. Lavez et essorez le mesclun (roquette, pousse d’épinard, feuille de chêne rouge, frisée et laitue). Dans un bol, prélevez l’eau des huîtres. Préparez une vinaigrette : mélangez cette eau avec l’huile d’olive, le vinaigre de tomate, la fleur de sel et quelques tours de moulin à poivre. Dressez votre salade dans les assiettes en utilisant les coeurs d’artichaut comme des coupelles, dans lesquelles vous disposerez les huîtres (sans leur coquille) et une tomate confite. Arrosez le tout avec votre vinaigrette.

Bon appétit,
Tit'